
Le bitume pour lit et le ciel pour unique toit. Depuis environ 72 heures, le parvis de l’organe délibérant du Lualaba a pris les traits d’un camp de fortune. Des dizaines de familles sinistrées de la cellule Golf ISTM y mènent un sit-in du désespoir. Leur objectif est de contraindre les députés provinciaux à sortir de leur torpeur pour les rétablir dans leurs droits. Pourtant, face à cette détresse humaine, le pouvoir législatif oppose un silence de plomb et une indifférence révoltante.

Sur place, le spectacle est déchirant. Hommes, femmes et nourrissons s’entassent à même le sol, livrés aux caprices du climat au péril de leur santé. « Il fait très froid, nous vivons dans la misère », lâche un sinistré, visiblement à bout de forces. Privées d’eau, de nourriture, de douches et de toilettes, ces vagues de déplacés subissent une humiliation quotidienne à l’entrée même du bâtiment censé les protéger.
Après la démolition de leurs maisons, beaucoup avaient trouvé refuge dans des églises ou des familles d’accueil, avant d’en être expulsés faute de moyens. Aujourd’hui, leurs enfants ne vont plus à l’école. L’avenir d’une génération entière est sacrifié sur l’autel de l’inaction politique.

L’indignation est d’autant plus vive qu’une plénière, initialement perçue comme la lueur d’espoir vendredi dernier, a superbement ignoré leur situation. Le dossier Golf ISTM n’a même pas été inscrit à l’ordre du jour. Selon les victiles, les députés passent devant elles sans un regard, ni un salut. Plus grave encore, elles accusent le président de l’Assemblée provinciale de fuir ses responsabilités en évitant soigneusement de croiser le regard de ses électeurs.
Pourtant, l’institution avait orchestré une vaste opération de communication en mettant en place une commission mixte pour évaluer le dossier. Quelques mois plus tard, le rapport de cette commission se fait toujours attendre. « Ils nous observent tout simplement sans trouver de solution », dénonce une mère de famille.

Les manifestants interpellent directement l’exécutif et le législatif : « Que pensent maman Fifi Masuka et papa Kaseya ? Où est passé le slogan « Le peuple d’abord » ? ». Devant ce vide institutionnel, les sinistrés lancent désormais un appel pressant et désespéré aux activistes des droits de l’homme et à la société civile pour qu’ils brisent ce blocus humanitaire.
Malgré les maladies qui guettent et la faim qui tenaille, la détermination de ces citoyens reste intacte. Ils jurent de ne pas quitter les lieux tant qu’une solution définitive et juste ne sera pas trouvée. Le parvis de l’Assemblée n’est plus un simple lieu de passage, il est devenu le moment, le symbole de la rupture de confiance entre le peuple lualabais et ses dirigeants.













